«Ma peinture est le reflet de ce que je suis : elle est vive, généreuse, malicieuse et parfois maladroite».

François Groslière a un parcours pictural riche d’expériences. Il a tout d’abord fait une formation aux Beaux-Arts de Clermont. Après un passage dans le Génie Civil à Toulon, il réalise un cursus de dessinnateur publicitaire à l’école Brassart de Tours. Il fait carrière en tant que publicitaire et revient à Clermont-Ferrand, en 1987, comme Directeur Artistique chez Publicis. Il développe alors une création vive en couleurs et d’une visibilité propre à l’image publicitaire. Un style maintenant reconnaissable entre tous, ce qui est rare en quelques années.A la manière d’Auguste Renoir ou de Gaston Lachaize, le peintre voue un véritable culte aux rondeurs féminines. «J’aime les femmes, la générosité, les couleurs et surtout donner des sensations fortes», souligne l’artiste. L’œuvre de François Groslière est caractérisée par une recherche constante de l’impact immédiat sur son spectateur. L’hypertrophie des volumes et particulièrement celui des cuisses, ne succombe jamais à la lourdeur. Les extravagantes chevelures, la finesse des pointes de pieds, l’expression énigmatique des visages sans regard contribuent à créer un esthétisme frais spontané. «J’aime voir ma peinture comme un clin d’œil, un trait d’humour. C’est lorsque je vois un sourire se dessiner sur le visage des gens que je suis vraiment heureux». C’est un homme et un peintre hyperactif et daltonien, a suivre et à partager avec bonheur dans ses pérégrinations. 
Laurent MALLAURIE

 

 

“(...)si elles n’ont pas de regard

c’est pour que l’on ne succombe pas totalement à leur tentation...”

 

"En fait, je laisse à celui qui observe mes femmes le plus important... imaginer son regard ...!"

 

 


François Groslière, en peinture, voue son énergie à l’éloge d’un idéal féminin : madone aux

formes généreuses, solide et rayonnante figure à la beauté altière. Sur papier ou, depuis

1995, plus volontiers sur toile, à l’acrylique et au pastel gras, il déploie, aux fins de cette

célébration, tout le registre d’une aisance technique d’abord acquise au sein d’écoles

reconnues puis quotidiennement mise en oeuvre dans sa profession de publicitaire.

Ainsi, après une formation engagée au cours des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand, le plasticien

entame – et achève- un cursus en dessin à l’école Brassart de Tours (1981-1983) :

une entreprise parisienne lui confie les fonctions de rough man,

celui ci devant réaliser les ébauches de visuels destinés aux clients

–travaux tenus simultanément expressifs et séduisants. Revenu dans

sa ville natale en 1987, ce Clermontois paraît aujourd’hui transposer

dans sa pratique picturale toutes les qualités qui ont d’abord

fondé sa valeur professionnelle.

Car, avec une remarquable économie de moyens et d’un trait sûr, il

cerne modèles et objets . Puis, prolongeant ce trait graphique,

Groslière dispose de vives couleurs qui, paraissant autant d’aplatsrévèlent

pourtant à l’examen une science parfaite du modèle et des

ombrés. Au final, si elle sous-tend une solide formation académique,

l’oeuvre respecte les exigences d’immédiate lisibilité propre

à l’image publicitaire et, par son impact visuel, incite le spectateur

à une appréciation instantanée voire une réaction dans l’instant que

l’auteur se plaît, du reste, à recueillir sur les lieux où il présente ses

oeuvres, expositions ou marchés de l’art. Ainsi, depuis 1995 – date de sa première exposition-,

les beautés pléthoriques qu’il dépeint deviennent-elles support d’échanges oraux

avec un public- pour bonne part féminin- quotidiennement confronté aux idéaux médiatisés

de longilignes androgynes.

C’est que le publicitaire transpose dans sa peinture un goût pour l’opulence féminine que

partageaient de nombreux artistes, contemporains notamment, tels Auguste Renoir, Gaston

Lachaise ou Fernand Botero. Avec ces deux derniers, tout particulièrement, il cherche à

pousser à l’hypertrophie des volumes – ceux des cuisses et mollets surtout- jusqu’à une

improbabilité anatomique qui aboutit à un remarquable équilibre plastique. Ainsi, d’une

part, l’opulence n’est-elle jamais lourdeur puisque les imposants volumes carnés ne viennent,

en contrepoint, que souligner la finesse des pointes de pieds sur lesquelles se meuvent

ses modèles : tandis que leurs extravagantes chevelures, ne reposant que sur des cous

à priori trop fins, n’en suggèrent que mieux l’admirable délicatesse. Parfois, Groslière, dans

son audace, ne cherche plus à figurer ce cou que sa manière graphique et sensuelle s’en

trouve affectée (La Madone bleue, 2003). Au delà d’une tangible subtilité formelle, ses

oeuvres interpellent par une finesse psychologique, plus remarquable encore dans la description

des sujets féminins. Car, d’autre part, en ces réalisations, la langueur des poses ne

se résout jamais en abandon lascif : ces femmes, souvent inscrites

dans de solides compositions triangulaires, deviennent

ainsi figures assurées d’une belle prestance consentant à poser.

Ou lorsqu’elles semblent surprises dans leur intime quotidienneté,

ne nous retournent-elles le plus souvent que l’énigmatique

expression d’un visage sans regard. Ainsi est créée la distance

psychologique propice à rêverie ou à contemplation

émerveillée.

A l’instar de Michèle Caranove, plasticienne également issue du

monde de la publicité, Groslière ne renonce pas à faire de la

communication visuelle par un biais pictural. Seulement, cette

pratique artistique, menée pour le plaisir et souhaitée sans

contraintes, refuse de recourir à des formes et des couleurs

codifiées pour mieux servir un discours dont elles ne seraient

que le support. Au contraire, offertes au regard et à l’imagination,

les femmes généreuses qu’il nous dépeint affichent l’ambition

– énorme - d’être spontanément esthétiques.